Tout d'abord je dois vous dire que j'ai été bien occupé. Comme je préférais travailler sur le vélo plutôt de d'écrire un article à propos du vélo, j'ai pris du retard. Alors voici un retour dans le passé...
Mercredi 23 avrilFinalement le cadre est soudé. J'avais tout préparé et après une semaine d'attente pour que les horaires s'alignent, moi et mon père sommes allés chez un soudeur de talent. Mon père le connait depuis longtemps: le monsieur est un genre de mécanicien, le propriétaire d'un garage pour avions. Les propriétaires de petits avions viennent le voir pour toutes sortes de réparations.
J'ai tout apporté. La table, les roues, le guidon, tous les composants de vélo et les petites pièces. Nous nous sommes installés et le soudeur a tout mis ensemble. Il a commencé par la soudure supérieure du tube de fourche. Puis le boîtier de pédalier. Il a même comblé l'ouverture de 5 mm entre le tube horizontal et le boîtier. Ensuite le bases et les haubans. Nous n'avons pas oublié le tube du dérailleur avant ainsi que la petite plaque pour guider le câble de ce dérailleur. J'ai vérifié la position correcte des morceaux au fur et à mesure. La table et ses supports ont vraiment étés utiles. Tout le travail que j'y ai mis en valait la peine. La soudure a été simple à coordonner. Il va sans dire que la grande expérience de mon père et celle du soudeur combinée y a été pour quelque chose: ces gars là savent y faire!
J'ai eu un bref instant de stress quand est venu le moment de sortir le cadre des supports car j'ai cru qu'il serait impossible de le sortir de l'enchevètrement des planches. Au pire, je me suis dit que l'on pourrait toujours scier le ou les supports problématiques. Mais finalement, nous avons tourné le cadre et il est sorti.
Le soudeur a retourné le cadre à l'envers et a terminé les soudures qui sont vers le bas. Il a fait tout le travail au TIG. La machine qui alimente le 'fusil' est gigantesque: c'est gros comme un réfrigérateur. Le fusil est quant à lui très petit. C'est merveilleux de souder au TIG. Ça ne fait pas de dégats avec une pluie de métal en fusion qui revole comme le MIG. Le travail de soudure n'émettait aucun son, aucun crépitement, ce qui est aux dires de mon père un indice de qualité et de contrôle. Cette méthode de soudure permet même à un assistant de tenir un morceau à la main pendant que le soudeur applique une petite goutte de métal, à condition d'avoir les doigts à au moins 20cm. Mais après une longue soudure, il faut se méfier: le métal est extrêmement chaud. Inexplicablement par contre, il y avait des rubans collants pour identifier les tubes qui n'ont pas cramés.
Je n'ai fait que deux erreurs. Heureusement, elles sont sans conséquences. Premièrement, la potence a été soudée à l'envers. C'est à dire que la 'pince' (la partie où le guidon s'enfile) pointe du même côté que la potence originale qui se fiche dans la fourche. Cela éloigne les poignées du conducteur et les rapprochent des genoux. Pour le moment, les genoux passent très près, mais ça passe. Je ne me cogne pas souvent les genoux. L'autre effet est que les bras sont plus dépliés ce qui donne un meilleur aérodynamisme. Je vais attendre avant de prendre ma décision à savoir si je retourne la pince ou pas. Si je le fait, je vais simplement couper le tube vertical et le refaire souder à 180 degrés.
La deuxième erreur concerne les poteaux de frein arrière. Après que le cadre fût soudé, nous avons installé la roue arrière afin de déterminer la position (leur distance par rapport au moyeu) des poteaux de frein. De plus, il s'est avéré que les tubes de base étaient trop éloignés l'un de l'autre, ce qui mettait les poteaux trop loin par rapport à la jante. En fait, les poteaux pouvaient entrer entre les tubes plutôt que de venir s'y asseoir. J'avoue que c'est difficile à expliquer sans un dessin ou une photo. Il se trouve que les poteaux touchaient à peine les tubes. Mais le soudeur les a soudés en remplissant l'espace entre le tube et le poteau de frein. C'est pas chic mais une fois peinturé, ce serait bien beau. Après, je me suis rendu compte que les poteaux sont très loins du moyeu. Cela me force à utiliser l'ajustement extrème des patins de frein pour qu'ils fassent contact avec la jante. Pas fameux, mais cela marchera. Au pire, je couperai les poteaux et j'en achèterai des neufs. J'ai découvert que Cycles Lambert (un fournisseur de pièces de vélos) en distribue.
J'avais cru aussi les les bases seraient assez rigides pour contrer la pression du frein au freinage. Quand on conçoit un frein, il faut penser que ceux-ci pousseront les tubes vers l'extérieur lors du freinage. Il faut donc que le cadre soit suffisamment rigide à cet endroit. J'avais pensé à souder un pont entre les tubes, juste au delà de la roue, mais je sais que mes tubes sont surdimensionnés. Alors j'ai choisi d'attendre avant de faire un pont. Il sera toujours temps d'en ajouter un plus tard. Il est maintenant évident qu'il me faudra un pont: le freinage est anémique! Quand on serre le frein, on peut voir les tubes s'écarter. Parfait, je vais ajouter un pont avec une monture pour fixer le garde-boue.
J'ai choisi un emplacement pour le vissage du support de la poulie centrale, celle sur le côté puissance de la chaîne. Ce vissage est composé d'écrous de raccord (des écrous ordinaires, mais très longs qui permettent de visser deux vis, chacunes de chaque côté). Le soudeur m'a dit qu'il faudrait écorcher leur surface parce que les écrous sont galvanisés et que le métal galvanisé rend le travail de soudure plus difficile. J'ai passé les écrous à la meule et le soudeur les a fixés.
J'ai ensuite choisi un endroit pour fixer la poulie de retour (celle sur le côté retour de la chaîne). Je pensais y mettre un simple écrou mais les deux experts ont dédaignés cette option. Ils ont recommandés de souder un boulon. C'est ce que nous avons fait et je dois dire que cette idée est de loin la meilleure. La fixation est excellente.
J'allais oublier la fourche. C'est normal, cela a été tellement simple. J'ai installé mes supports, je l'ai mis dedans et vérifié l'alignement et hop! La fourche était complétée. Dire que je me suis inquiété à savoir si c'était possible de souder bout à bout comme cela.
Le soir même du jour de la soudure, moi et mon père avons installés la fourche. Les coupes du roulement se sont enfilées dans le tube de fourche de belle façon: serré mais pas trop. Après nous avons fabriqué les tubes pour soutenir le siège et pouvoir s'asseoir sur le vélo. À ce point là, le pédalier était aussi installé. La potence, le guidon et hop! Wow! Ça ressemble à un vélo!

Jeudi 24 avril
Cette journée là, je l'ai passée à améliorer mon attache entre le siège et le tube. Quand j'ai dit à mon père que j'allais simplement percer le tube horizontal, il a trouvé que ce serait un sacrilège de faire cela à un si beau tube en plus de ne pas ajustable. Il aurait été impossible de reculer ou d'avancer le siège sans percer de nouveaux trous. J'ai donc cherché une bande d'acier afin de faire une demi-lune qui suivrait la courbure du tube. Je devais aussi replier les montures de métal qui étaient déjà fixées au siège.
Ce travail c'est avéré très difficile. Après beaucoup temps et d'efforts, j'ai décidé de fixer une paire de tiges en "L" en aluminium sous le siège et d'utiliser des fixations en "U" pour agripper le tube. Parfait, rapide et facile!
Vendredi 25 avril
Cette journée là, au tour des poulies. La plaque que j'avais déjà taillée était trop courte. Elle ne pouvait soutenir la poulie suffisamment haute pour que la chaîne y repose peu importe le plateau et pignon choisi. Alors j'en ai taillée une autre, toujour en plaque d'acier d'un huitième de pouce. Allez, on fabrique solide! Ce vélo va passer son temps à réaccélérer parce que c'est un 'commuter', alors vaut mieux ne pas perdre d'énergie dans l'entraînement!
Il me fallait un boulon de 5mm pour jouer le rôle de moyeu pour la poulie. C'est dur à trouver du métrique au Canadian Tire! Finalement, j'ai trouvé des boulons métriques dans un distributeur de pièces d'autos. Une bonne place pour les morceaux difficiles à trouver.
Pour la poulie avant, j'ai fabriqué deux petites plaques de 1/ 16 de pouce. J'ai trouvé cette feuille de métal chez une sympatique entreprise de soudure familiale de l'est de Montréal. J'ai taillé un tube d'aluminium pour créer un espace entre la tête du boulon et la plaque afin d'aligner la poulie avec les plateaux et un autre petit bout de ce même tube pour l'espacement entre les plaques. Encore là, la poulie roule sur un boulon de 5mm. Je n'ai eu qu'à ajouter une paire de rondelles de chaque côté des galets pour assurer que la chaîne passe sans s'accrocher.
Après, j'ai installé les dérailleurs et leurs câbles. Ce fût facile, pas de problèmes.
Quand j'en viens au frein avant, je me rend compte que le câble va sortir du côté de la chaîne. Il semble impossible d'éviter l'accrochage entre la chaîne et le câble! Zut! Je me dit alors que le V-Rex de Rans doit avoir un frein avant spécial avec le câble qui sort à gauche. Je fouille dans le catalogue de Cycles Lambert: ça n'existe pas. Le site de Rans mentionne que le frein est un Tektro MT15. Je vais chez Tektro: pas de MT15. J'appelle 1hpcycles: le gars est étonné et doit vérifier.
Je me dis alors: "J'ai un frein arrière, alors c'est pas si mal. Je vais trouver un frein pour l'avant plus tard."
Bingo, le vélo est prêt à rouler.
Yippee!
Alors je monte et tout marche super! Bien sûr, je n'ai que le frein arrière qui est faible, mais ça avance!
Ça fait deux années que je rêve à ce vélo et je l'ai enfin. D'accord, j'ai perdu beaucoup de temps en abandonnant le projet plusieurs fois dû à un manque d'énergie et de temps et des problèmes au travail. Il aurait pu être complété beaucoup plus tôt. C'est le cadre qui est l'obstacle premier. On réfléchi. On se demande si tout est OK. Comment va se passer la soudure? On prend beaucoup de mesures. La table et ses supports prennent un temps fou et on cherche à être précis. C'est vraiment le rêve de le conduire qui m'a fait continuer. Quand j'allais au travail avec mon vélo droit, j'en rêvais et cela me donnait un autre petit coup pour continuer.
Une fois de l'on a le cadre, c' est parti! Bien sûr, il me reste à faire un siège convenable qui est de la même qualité que le reste et à découvrir et corriger les bobos. Puis le tas d'autres petits trucs: lumières, paniers, gardes-boue, etc.
Mais je plane sur le dos de mon vélo. C'est un peu ça conduire un vélo couché, on se laisse porter par le vélo et on sert de moteur. Sur un vélo droit, c'est plus comme marcher, mais assisté de roues.
Donc, fin de la phase 1, début de la phase 2: siège et fignolage.